FONDATION CARTIER

LE GRAND SAUT RIVE DROITE

Un paquebot de verre et d’acier signé Jean Nouvel s’est amarré face au Louvre. Une révolution spatiale où l’art ne se pose plus, mais se met en scène. 

Par Emmanuel Monvidran

Adieu le cube de verre du boulevard Raspail, devenu trop étroit pour ses ambitions de quadragénaire. Pour fêter ses 40 ans, la Fondation Cartier pour l’art contemporain s’est offert le plus étourdissant des cadeaux : un déménagement spectaculaire au 2, place du Palais-Royal. En s’installant dans les volumes historiques des anciens Grands Magasins du Louvre, l’institution ne se contente pas de traverser la Seine, elle change de dimension pour devenir la plus grande surface d’exposition privée d’Europe.

Fondation Cartier pour l'art contemporain

La machine à rêves de Jean Nouvel.

Aux commandes de ce vaisseau de 150 mètres de long, on retrouve l’indéboulonnable Jean Nouvel.

À 79 ans, le prix Pritzker 2008 n’a rien perdu de sa superbe ni de son goût pour le défi technique.

Son concept ? Une « machine » muséale purement mécaniste. Ici, oubliez la rigidité des murs et des plafonds. 

L’architecte a imaginé cinq plateformes monumentales en acier de 250 mètres carrés chacune. Suspendues à des poulies, ces plaques de 250 tonnes montent et descendent au gré des envies des artistes, créant des volumétries infinies.

« On ne construit plus un espace, mais dans l’espace », s’enthousiasme Nouvel. Ce jeu de mécano géant permet de passer d’une intimité feutrée à un vide vertigineux, baigné par la lumière changeante des verrières zénithales ou totalement occulté pour les besoins d’une installation.

Un dialogue entre Haussmann et l’avant-garde.

Le contraste est saisissant. Derrière les arcades haussmanniennes s’étendant entre les rues de Rivoli et Saint-Honoré, les 6 500 m2 de cimaises dialoguent avec l’histoire. 

Le nom de l’exposition inaugurale, « Exposition Générale », est d’ailleurs un clin d’œil savoureux aux grandes présentations de tissus et d’objets qui faisaient vibrer les Grands Magasins du Louvre au XIXe siècle.

Pour cette première escale (jusqu’en août 2026), le président Alain-Dominique Perrin a pioché dans l’ADN de la maison. Le parcours dévoile 600 œuvres de 100 artistes ayant jalonné l’histoire de la Fondation depuis 1984. De la poésie de Giuseppe Penone aux fulgurances de Damien Hirst, en passant par l’univers de David Lynch ou les structures de Junya Ishigami, c’est tout un pan de la création mondiale qui reprend vie sous nos yeux.

Le nouveau cœur battant du Triangle d’Or culturel.

Avec l’arrivée de ce géant, le quartier devient l’épicentre mondial de l’art. Entre la pyramide du Louvre, la Bourse de Commerce de la collection Pinault et le Musée des Arts Décoratifs, la Fondation Cartier vient clore une boucle magistrale. Plus qu’un musée, c’est un lieu de vie ouvert sur la ville, doté d’un restaurant, d’une librairie et d’un auditorium, où la transparence est reine. Une prouesse qui prouve que, même à 40 ans, la Fondation Cartier n’a pas fini de bousculer nos perspectives.

Fondation Cartier pour l’art contemporain. 2, place du Palais-Royal. 75001, Paris. www.fondationcartier.com

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