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Bourse de Commerce- Collection Pinault Maison de famille

La Collection d’art contemporain de François Pinault s’invite au cœur de Paris. Sous la rotonde de l’ancienne halle au blé réinventée par l’architecte japonais Tadao Ando.

Tourbillon culturel sous la coupole ! Avec un an de retard sur le calendrier initial, confinements du Covid-19 oblige, l’avant-garde de la scène artistique contemporaine a fait un “crop top” remarqué au beau milieu du ventre de Paris, face au Forum des Halles. Accolé à l’Église Sainte-Eustache, à mi-chemin entre la pyramide du Louvre et le Centre Beaubourg-Pompidou, un bâtiment circulaire jusqu’alors inconnu des Parisiens tourne une nouvelle page de son histoire. Après cinq ans de travaux d’un gigantesque chantier évalué à quelques 120 millions d’euros, financés sur fonds privés, le nouveau musée de la Fondation Pinault a ouvert ses portes au public le 22 mai dernier, en lieu et place de l’ancienne Bourse de Commerce, active jusque dans les années 1980

Un cercle dans un cercle : le cylindre-promenoir en béton que Tadao Ando a ajouté dans l’espace central sous la coupole.

Retour vers le futur. Il aura fallu attendre une bonne vingtaine d’années pour que l’homme d’affaires breton expose à Paris ses œuvres d’art contemporain. Tout ou partie de celles qu’il avait choisi d’expatrier bon gré, mal gré, à Venise, sur les cimaises du “Palazzo Grassi” et de la “Punta della Dogana”, faute d’avoir pu les montrer sur l’île Seguin de Boulogne Billancourt, au début du XXIe siècle. “ En 2015, la maire de Paris, Anne Hidalgo, m’a proposé de m’intéresser à la Bourse de Commerce. Je n’ai pas hésité une seconde. Non seulement ma collection trouvait un écrin situé au cœur de la capitale, mais son installation à Paris donnait une nouvelle destination à un bâtiment emblématique, témoin de plusieurs siècles d’architecture, commente le collectionneur milliardaire. Présenter ici les créations contemporaines conjugue ainsi parfaitement la tradition dont nous sommes dépositaires et l’ancrage dans la modernité à laquelle nous aspirons”.

Différentes salles d’exposition du « Musée Pinault» dont le parvis a été aménagé par le duo des frères Bouroullec.

Ando, le seigneur des anneaux. On ne change pas une équipe qui gagne. Aussi, pour réagencer le plan circulaire de cette halle au blé, couverte en 1812 d’une coupole de métal et de verre, puis recomposée en 1889 pour devenir la Bourse de Commerce, François Pinault a-t-il persisté et re-signé avec son ami japonais Tadao Ando, l’architecte des ses deux musées vénitiens. Le principal geste architectural de cette métamorphose ? Inscrire à l’intérieur de la rotonde, au centre du bâtiment circulaire, un cylindre de béton de 9 mètres de haut et de 30 mètres de diamètre. Avec comme usage de créer un espace d’exposition mais aussi de former un noyau abstrait au cœur du bâtiment historique. “J’ai voulu créer une composition de cercles concentriques, afin d’initier un dialogue subtil mais intense, entre le nouveau et l’ancien”, raconte l’architecte nippon, lauréat en 1995 du Prix Pritzker, considéré comme le Nobel du genre. En sous-sol de l’espace d’exposition cylindrique du rez-de-chaussée, se cache un auditorium de 300 places ainsi que le Studio, vaste boîte noire présentant des œuvres vidéos et sonores.

Fresque-promenoir à 360 degrés. Après s’être faufilé dans les espaces de circulation extérieurs lovés entre le mur en béton et la façade intérieure historique d’Henri Blondel (1821-1897), on grimpe les escaliers jusqu’au niveau le plus élevé du cylindre. Là un promenoir domine l’espace central et donne une vue rapprochée sur l’anneau de peinture de la coupole : une fresque murale qui s’étend sur 1 400 mètres carrés (140 mètres de long et 10 de haut), exécutée par cinq artistes en 1889, représentant une allégorie du commerce français dans tous les continents, au temps des colonies. Pour redonner son lustre d’antan à ce panorama de toiles marouflées déployé à 360 degrés, 24 restauratrices ont travaillé d’arrache-pied pendant 6 mois, sous la houlette d’Alix Laveau et de Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques (ACMH), fameux spécialiste de la réhabilitation du patrimoine. L’agence NeM Architectes a fait partie de ce voyage architectural et contribué à mener à bien l’agencement de la dizaine de salles d’expositions qui s’étalent sur 6 800 mètres carrés : “Très ouvert au dialogue, le maître Tadao Ando s’est montré particulièrement réceptif à nos nombreuses propositions”, savourent Lucie Niney et Thibault Marca. Ils ont aussi travaillé avec les frères designers bretons, Ronan et Erwan Bouroullec, créateurs du mobilier, des drapeaux extérieurs qui flottent sur le parvis et s’élèvent dans les airs à la manière de mobiles, mais aussi du restaurant niché au troisième étage de la Bourse de Commerce. Perchée sous le ciel de Paris, la table du chef cuisinier Michel Bras, et de son fils Sébastien, peut rassasier sans ciller une centaine d’appétits. Cerise sur le musée, cette ambassade de l’Aubrac offre aussi des vues plongeantes sur la fresque murale de la Bourse de Commerce, la Canopée du forum des Halles ainsi que sur les légendaires tubulures du Centre Pompidou. La toute nouvelle carte postale de la Ville Lumière.

Collection Pinault
2 rue de Viarmes, 75001 Paris
Tél. 01 55 04 60 60
www.pinaultcollection.com

 

Emmanuel Monvidran

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