Le luxe en toute simplicité

Mallet-Stevens – Jeux de cubes

La villa Cavrois, les hôtels particuliers de la rue Mallet-Stevens… C’est lui. Zoom sur deux manifestes architecturaux du génial bâtisseur de la modernité.

Tout le monde en parle. Disparu il y a 70 ans, à l’aube de la reconstruction, l’architecte-décorateur Robert Mallet-Stevens (1886-1945) sort aujourd’hui d’un injuste oubli. Car depuis cet été, à Croix, dans la banlieue résidentielle de Roubaix, le public peut admirer l’un des plus beaux jeux de cubes que ce maître d’oeuvre a livré en 1932 pour y loger la famille du magnat du textile, Paul Cavrois. 12 ans de chantier, 23 millions d’euros de travaux… Cette vaste demeure longtemps abandonnée et vandalisée, a été sauvée in extremis de la ruine par l’état qui a racheté l’édifice en 2001, puis l’a confié au Centre des Monuments Nationaux pour le remettre à flots.

Navire amiral

Ce paquebot domestique XXL qui s’étire sur 60 mètres de long ne passe pas inaperçu avec son fuselage de briques jaune safran, articulé autour d’un demi-cylindre vertical offrant l’accès au belvédère. Ce grand mât s’impose comme le pivot de la composition géométrique. Pénétration des plans verticaux et horizontaux, jeu des terrasses décalées, fenêtres d’angle, pergolas… La symétrie est toutefois rompue par le vocabulaire de l’architecture moderne. A l’intérieur, les décors et l’organisation des différentes pièces ont été réintégrés tels qu’en 1932 : huisseries, éclairages, bois de placage, marbres, ont été restitués à l’identique des éléments originaux, respectant ainsi le voeu initial des époux Cavrois. « Façades, terrasses, miroir d’eau, intérieurs en marbre, mobilier en bois précieux… Cavrois est un chef d’oeuvre d’art total », vante Philippe Bélaval, président du Centre des Monuments Nationaux. Au rez-de-chaussée, le vestibule de marbre blanc aux contremarches de marbre noir conduit au spectaculaire haut-salon qui s’ouvre en transparence sur le jardin et son bassin coulant en pente douce. Chacune des pièces des deux niveaux est unique, chambre des parents plaquée de palmier, boudoir tendu en sycomore, chambres d’enfants revêtues de chêne. Les acteurs de cette splendide sauvegarde ? L’architecte en chef des monuments historiques, Michel Goutal, sa consoeur Béatrice Grandsard, et la paysagiste Aline le Coeur.

Dans le grand hall et la salle à manger des parents où le mobilier est manquant, l’application de visite en réalité augmentée « Cavrois numérique », permet à l’aide de tablettes tactiles de découvrir en 3D les éléments d’origine de la villa en 1932. Comme si on y était !

Cité mosaique

Impasse privée du quartier d’Auteuil, dans le XVIe arrondissement de Paris, la rue Mallet-Stevens (1927) qui porta son nom de son vivant, est un autre manifeste d’art architectural total. Planté de cèdres, ce petit morceau de ville dédié à l’habitation et au repos constitue un ensemble d’hôtels particuliers et de villas habités par l’architecte et sa famille et de riches amis collectionneurs (Allatini, Dreyfus, Martel, Reifenberg). Porte-à-faux, grands volumes (grâce à l’emploi du béton)… Toutes les demeures diffèrent les unes des autres mais révèlent d’un esprit commun afin d’y créer une unité. « Renonçant à un individualisme souvent préjudiciable à l’harmonie générale, mes clients ont accepté que leurs hôtels respectifs, tout en gardant leurs caractéristiques, fissent partie d’un ensemble, c’est-à-dire d’un corps d’architecture un et indivisible. »

Une oeuvre totale donc, où trottoirs, jardinières et lampadaires ont aussi été dessinés avec l’architecture. « Toutes ces maisons sont couvertes en terrasses, et ces terrasses à différents étages, disposées en gradin, sur une rue entière, procureront un ensemble de verdure s’harmonisant avec les lignes calmes de l’architecture ». De l’air, de la lumière… Au numéro 10, une porte signée Jean Prouvé donne accès à la maison-atelier de sculpture des frères Jan et Joël Martel. Ses trois niveaux qui s’imbriquent jusqu’à 6 mètres de hauteur sous plafond, s’articulent autour d’un spectaculaire escalier cylindrique éclairé par un long vitrail du maître-verrier Louis Barillet. Sa spirale s’envole jusqu’au belvédère coiffé d’un fameux totem : un disque de ciment dont la sous-face est carrelée de céramique rouge. Couleur, lumières, angles… Tous participent à la magie de ce mikado cubiste, véritable toile de maître.

Article d’Emmanuel Monvidran

A lire

Robert Mallet-Stevens, Agir pour l’architecture moderne

Richard Klein,

Editions du patrimoine,

176 p, 180 illustrations,

25 €

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